Sa Majesté Achille KWA BEYISSA, un chef d’une nouvelle génération !
AERCBB : Majesté, ils sont très peu nombreux ceux qui ne vous connaissent pas, mais comment pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
SMAKB : Tout d’abord, je tiens à remercier l’Association d’Entraide des Ressortissants des Cantons Bassa & Bakoko de France (dont je suis un ancien membre) de me donner l’opportunité de m’adresser à mon peuple.
Je suis Achille KWA BEYISSA, Fils de Son Altesse Majesté BEYISSA EBOUM Jérémie et de ENGOME Agnès Louise. Je suis le 4ème enfant d’une fratrie de dix enfants.
Je suis Chef de la collectivité Logpom Bassa Douala 5ème, depuis le décès de mon père en 2010 (fonction qu’il a occupée de 1949 à 2010).
Je suis marié et père de trois enfants.
AERCBB : Le mois de janvier est généralement la période des vœux. Quel message souhaitez-vous adresser à votre peuple et tout particulièrement à celui de la diaspora ?
SMAKB : J’ai déjà eu l’occasion de présenter mes vœux à certains. Je profite donc de cette tribune pour adresser mes vœux les plus fraternels à toute la collectivité de Logpom en lui souhaitant santé, prospérité et réussite. Ensuite, en ma qualité de Chef traditionnel du village de Logpom, je tiens à remercier tous les ressortissants des cantons Bassa & Bakoko de France de m’avoir convié à son repas fraternel du réveillon du nouvel an.
Nous savons tous qu’à l’étranger, le cadre de vie est différent de celui que nous vivons au pays. Beaucoup d’évènements nous donnent parfois l’impression d’être seuls et abandonnés ; C’est justement dans ces moments que nous devons nous soutenir les uns les autres avec encore plus de vigueur. N’est-ce pas là la notion d’entraide très chère à l’association Bassa-Bakoko ?
Aussi, je ne peux m’empêcher de repenser aux mots de St-Exupéry qui disait « Aimer c’est regarder ensemble dans la même direction ». Alors je vous exhorte, vous les enfants des cantons Bassa et Bakoko vivant à l’étranger à être encore plus solidaires. Nous devons nous donner une chance, tous ensembles à ce que nous avons de plus précieux : préserver notre culture, nos traditions.
J’adresse également tous mes vœux de bonheur à la communauté Sawa.
AERCBB : Aujourd’hui, on constate de plus en plus qu’une grande majorité de nos chefs traditionnels sont des jeunes, et ont souvent vécu longtemps à l’étranger. D’après vous est-ce un atout ou une faiblesse ? Dans votre cas, quand avez-vous fait l’apprentissage de vos fonctions actuelles ?
SMAKB : Oui, c’est exact que je fais partie de cette nouvelle génération de Chefs traditionnels. Nombreux ont effectivement vécu à l’étranger. Pour ma part, c’est un atout sur le plan de la richesse intellectuelle et culturelle. En même temps, plutôt qu’une faiblesse, je pense que cela constitue un handicap sur le plan traditionnel.
Nous qui appartenons à cette jeune génération, nous sommes obligés d’apprendre dans le tas car certaines coutumes et traditions nous échappent.
En effet, l’absence d’une large connaissance de notre histoire, de nos traditions, de nos valeurs ancestrales et de nos coutumes par la diffusion et la publication des œuvres, des recherches scientifiques et études susceptibles de concourir à l’enrichissement culturel de notre peuple et tous ceux qui s’y intéressent constituent un vrai défi pour la sauvegarde des institutions de la chefferie traditionnelle chez nous.
Cependant, j’ai bénéficié du vivant de mon père de beaucoup d’informations qui me seront bien utiles pour mes fonctions actuelles.
AERCBB : Au fil du temps, on constate que nos jeunes frères et sœurs ne connaissent pas bien nos traditions. En tant que gardien de ces traditions, quelles actions mettez-vous en place pour les amener à s’intéresser à nos rites ancestraux et de façon plus générale pour préserver notre patrimoine culturel ?
SMAKB : La préservation de notre patrimoine culturel est passe par une prise de conscience collective. En tant que parents, nous pouvons et devons apprendre à nos enfants notre langue maternelle le « Bassa ». Nous, chefs traditionnels, nous devons travailler ensemble pour concourir à la restauration et au développement des structures qui ont fait leurs preuves dans le passé comme par exemple le Comité de Développement Culturel. Enfin nous comptons énormément sur vous de la diaspora pour aider à la vulgarisation de notre culture auprès des plus jeunes à travers des forums ou tout autre outil.
AERCBB : Que pensez-vous des nouvelles technologies de l’information de la communication (Internet, Facebook, Twiter) ?
SMAKB : Comme je le disais précédemment, je pense que ces nouvelles technologies de l’information peuvent constituer un support aidant à la vulgarisation de notre culture. Au-delà de cela, j’ai plutôt un avis très positif de ces nouvelles technologies, étant moi-même un utilisateur aguerri de Skype, WhatsApp ou Viber qui sont des outils qui me permettent d’être en contact quasi permanent avec mes notables quand je suis en France comme aujourd’hui ou avec mon épouse et mes enfants quand je suis au Cameroun. Je suis un Chef « connecté » comme on dit !
AERCBB : La vocation de notre site internet est de constituer un lien entre les enfants des cantons Bassa & Bakoko vivant au Cameroun ou ceux de la diaspora. Or nous manquons d’informations sur nos cantons. Comment pouvez-vous nous aider à atteindre cet objectif ? Et de façon plus générale, de quelle manière notre association peut-elle contribuer au développement économique et culturel de nos cantons ?
SMAKB : En tant que Chef traditionnel, promouvoir les us et coutumes de nos villages fait également partie des missions. Pourriez-vous m’en dire plus sur ce dont vous avez actuellement besoin sur votre site Internet ?
AERCBB : Sur les rubriques qui décrivent nos différents villages, il nous manque encore beaucoup d’informations, notamment celles relatives à la généalogie des chefferies.
SMAKB : Ecoutez, je m’engage en tant que garant de nos traditions, à mettre à votre disposition toutes les informations du village de Logpom dès mon retour au Cameroun. Je vais ensuite m’affairer à convaincre d’autres chefs d’en faire autant.
AERCBB : Quels sont vos projets pour votre village?
SMAKB : Mes projets pour Logpom sont nombreux, divers et variés. Vous conviendrez avec moi que je dois d’abord en parler à mon conseil de notables. Néanmoins sans rentrer dans les détails, je vais vous en citer trois :
• Organiser un événement périodique qui sera l’occasion de faire connaitre notre village auprès de tous acteurs économiques et culturels. Cet événement auquel seront conviées les grandes firmes internationales comme Orange ou MTN fera l’objet d’une grande couverture médiatique (télé, radio, journaux etc.).
• Travailler sur la faisabilité d’un jumelage de Logpom avec une commune française et plus probablement avec ma commune de résidence en France St-Germain-en-Laye.
• Engager les travaux de finition de l’église du village. J’en profite pour vous relancer sur la demande d’aide financière adressée à l’AERCBB et qui est restée sans réponse.
AERCBB : Certains de nos frères et sœurs de la diaspora appréhendent souvent leur retour au pays, comment pouvez-vous les encourager à franchir le pas ? Quels conseils leur donneriez-vous ?
SMAKB : Je ne peux que les encourager en leur disant de ne pas avoir peur et de franchir la barrière de l’appréhension. Il est bien vrai que tout n’est pas toujours facile, mais faut-il rappeler ici que c’est en Afrique et plus particulièrement au Cameroun qu’il y a les plus belles opportunités du simple fait que beaucoup de choses restent à y faire ou à y construire ? A ces jeunes frères et sœurs je redis que leur savoir et savoir-faire sont les bienvenus pour contribuer au développement de notre cher pays.
Propos recueillis par Achille ESSOMBE et Justin SOMON de l’AERCBB (Association d’Entraide des Ressortissants des Cantons Bassa Bakoko)

